Otalgie
par Antoine Perrin
L'otalgie est par définition une douleur siégeant
au niveau de l'oreille. En fait, seulement 50 % proviennent d'une cause
otologique, l'autre moitié étant d'origine extra-auriculaire,
définissant les otalgies réflexes ou secondaires.
I. Examen clinique
L'examen clinique doit donc être complet avec
:
-
Bien sûr, une attention particulière
pour les oreilles.
L'examen étant toujours bilatéral même
en cas d'otalgie unilatérale :
- Étude du pavillon,
du conduit auditif externe,
et du tympan.
- de la cavité buccale (gencives, dents, langue),
- de l'oropharynx (amygdales en particulier),
- des fosses nasales,
- de l'articulation temporo-mandibulaire, et un examen
neurologique des paires crâniennes (en particulier le V, VII, X et
XI).
-
Un spécialiste pourra y ajouter en cas
de doute :
- Un examen du cavum,
de l'hypopharynx,
du larynx.
Il. Etiologies et traitements
Les étiologies sont donc très diverses,
à commencer par les causes otologiques qui constituent les otalgies
primitives.
1. Otalgies primitives
a) Oreille externe (pavillon et conduit auditif
externe)
Celle-ci intéresse le pavillon et/ou le conduit.
Le signe le plus constant est la douleur provoquée à la mobilisation
du pavillon. L'infection est parfois évidente lorsque le pavillon
est inflammatoire et douloureux. Il peut, par contre, s'agir d'une localisation
isolée au conduit auditif externe que seul un examen au spéculum
peut retrouver. Le conduit est sténosé avec, lorsqu'il s'agit
d'un furoncle collecté, un bombement isolé à une paroi.
De toutes façons, l'introduction du spéculum est douloureuse
et même souvent impossible. Le traitement nécessite une antibiothérapie
antistaphylococcique type oxacilline (Bristopen®) pendant une dizaine
de jours.
S'il y a un furoncle qui semble collecté,
il doit être ponctionné à l'aide d'une aiguille stérile.
Localement, il faut par ailleurs mécher le conduit avec un fragment
de gaze stérile à l'aide d'une pince de Politzer, puis prescrire
des gouttes auriculaires antibiotiques (5 gouttes trois fois par jour)
pour imprégner la mèche. Celle-ci sera conservée trois
à quatre jours.
Il s'agit d'une cause fréquente de douleur, surtout
après introduction d'eau dans l'oreille qui fait gonfler le bouchon
et comprime les parois du conduit. Le diagnostic est fait par l'examen
du conduit au spéculum et le traitement consiste en un lavage d'oreille.
Une vérification de l'état du conduit et du tympan est indispensable
après l'ablation du bouchon.
-
Un corps étranger dans l'oreille :
Cette cause est facilement retrouvée par l'interrogatoire.
Il s'agit fréquemment chez l'enfant de cailloux ou de petites perles
dont l'ablation est difficile, traumatisante pour les parois du conduit
et douloureuse.
L'ablation peut être tentée par simple
lavage d'oreille comme pour le bouchon de cérumen. En cas d'échec
de cette manoeuvre, elle doit être faite à l'aide d'un petit
crochet par un opérateur expérimenté et avec une bonne
contention de l'enfant.
Des lésions iatrogènes du conduit pratiquées
lors d'essais infructueux, ou la simple taille du corps étranger
peuvent imposer une anesthésie générale pour l'extraction
qui sera hyperalgique, et donc impossible sans une immobilité complète
de l'enfant.
Les insectes peuvent également s'introduire
dans l'oreille (blattes par exemple) profitant le plus souvent du sommeil
de la personne. Outre la douleur provoquée par les mouvements de
l'insecte, voire par sa piqûre, cela donne un état d'anxiété
et d'agitation du patient, souvent impressionnant.
Il faut introduire dans le conduit un fragment de
coton imprégné d'éther afin d'endormir l'insecte.
L'extraction sera ensuite plus facile à l'aide d'une pince de Politzer.
Dans tous les cas une vérification du conduit
et du tympan s'impose après l'extraction, et en cas de plaie, un
traitement antibiotique local doit être prescrit.
L'introduction violente de corps étrangers dans
l'oreille peut provoquer des lésions du conduit auditif externe
et du tympan (coton tige par exemple). Le saignement est en règle
discret et de toutes façons peu prolongé. L'examen au spéculum
cherchera à faire le bilan des lésions, et le traitement
consistera en une antibiothérapie de couverture (ampicilline ou
amoxicilline).
Les perforations tympaniques se referment le plus
souvent spontanément et de toutes façons ne nécessitent
pas d'autre traitement, au moins à la phase aiguë. Elles imposent
néanmoins d'éviter l'introduction d'eau dans l'oreille à
l'occasion des bains notamment.
Est une infection virale isolée de la membrane
tympanique avec un aspect bulleux et hémorragique du tympan. Elle
touche surtout l'adulte et est particulièrement douloureuse. Le
traitement se limite à des antalgiques et une antibiothérapie
type ampicilline ou amoxicilline.
b) Oreille moyenne
Elle survient en règle chez l'enfant dans un
contexte de rhinopharyngite avec poussée fébrile. Le diagnostic
précis est fait par l'examen au spéculum. Les otites congestives
se caractérisent par un tympan rouge (au lieu de blanc nacré)
avec disparition des reliefs classiques. Quant à l'otite suppurée,
elle montre un tympan bombant, rouge violacé ou jaunâtre en
cas de suppuration majeure.
Parfois un écoulement purulent ou sanglant
survient spontanément, gênant l'examen. Son apparition coïncide
le plus souvent avec la cessation de la douleur qui était provoquée
par la collection sous pression dans l'oreille moyenne.
Le traitement repose sur l'antibiothérapie
type ampicilline ou amoxilline. La paracentèse n'est pas un geste
indispensable.
Beaucoup plus rare depuis l'avènement des antibiotiques,
elle se rencontre surtout dans les régions sous-médicalisées.
Le tableau classique est beaucoup plus aigu que dans l'otite banale avec
une fièvre élevée, une altération de l'état
général, une otorrhée, et surtout une collection rétro-auriculaire
donnant un faux aspect d'oreille décollée. La palpation de
la mastoïde est hyperalgique.
Le traitement est chirurgical (mastoïdectomie)
associé à une antibiothérapie parentérale.
2. Otalgies secondaires
Fréquentes et d'étiologies diverses,
elles s'expliquent par l'importance de l'innervation de l'oreille dans
laquelle interviennent la plupart des paires crâniennes responsables
de la sensibilité de la tête et du cou. Nous ne ferons donc
que citer les étiologies en insistant encore une fois sur la nécessité
d'un examen ORL complet devant toute otalgie.
-
Cavité buccale et oropharynx :
- les caries dentaires et les accidents de dent de sagesse,
- les glossites, les stomatites,
- les pharyngites et phlegmons périamygdaliens,
- les cancers de l'oropharynx.
Les lésions inflammatoires et cancéreuses
de cette région peuvent être à l'origine d'otalgies
qui constituent parfois les premiers symptômes d'où l'importance,
en cas de doute, d'un examen approfondi.
-
Articulation temporo-mandibulaire :
Un dysfonctionnement ou une arthrite de cette articulation
constituent une cause fréquente d'otalgie nécessitant lors
de l'examen un palper de l'articulation (siégeant en avant du conduit
auditif externe) et éventuellement un bilan radiographique.
Les sinusites aiguës ou chroniques en poussées
provoquent des otalgies mais le contexte clinique en règle clair
arrête le diagnostic.
Enfin certaines otalgies, malgré un bilan complet,
ne retrouvent pas de cause. Il s'agit vraisemblablement de névralgies
essentielles dont le traitement repose sur les antalgiques. Mais ce diagnostic,
encore une fois, ne doit pas être porté avant un examen approfondi
de la tête et du cou.
Développement et Santé,
n°154, août 2001