Phimosis, paraphimosis, circoncision

 

par D. Provensal

Chirurgien-urologue, Médecins Sans Frontières, Paris.

 Les anomalies congénitales ou acquises du prépuce masculin (phimosis ou paraphimosis) imposent le plus souvent une sanction chirurgicale. Tout comme la circoncision, geste rituel, l'acte reste simple lorsque pratiqué par un opérateur d'expérience, mais il devient source de drames vitaux ou de séquelles irréversibles lorsqu'il est improvisé par un néophyte.

I. Quelques définitions

Exceptionnellement congénital, il est le plus souvent secondaire, soit à des poussées infectieuses, soit à des tentatives de rétraction forcée d'un prépuce adhérent.

Le paraphimosis est une rétraction de l'anneau préputial en arrière du gland, source d'étranglement. c'est une urgence chirurgicale nécessitant un traitement rapide (figure 2).

Il. Risques de la posthectomie et de la circoncision

Quelles que soient les circonstances, la circoncision (ou posthectomie) doit être effectuée minutieusement.

1. Les dangers locaux sont nombreux (figure 3)

En raison de ces pièges anatomiques et sauf urgence, nous préconisons la circoncision le plus tardivement possible dans l'âge prépubertaire.

2. Les dangers vitaux existent

3. Bilan pré-opératoire

Lorsque les conditions de réalisation le permettent, un bilan pré-opératoire doit donc être pratiqué.

III. Technique de la circoncision

Bien que de nombreuses variantes existent, nous ne décrirons ici que la technique la plus simple car la plus sûre (figure 4).

Les téguments sont tendus par deux pinces repères exactement placées à la face dorsale (6 heures) et ventrale (1 2 heures) du prépuce et une pince de Kocher est placée perpendiculairement à l'axe de la verge, parallèle à la base du gland.
Le résultat doit être esthétique et aboutir à un gland parfaitement découvert, et une couronne de suture linéaire et harmonieuse. Un pansement simple de vaseline empêche les adhérences aux tissus, un petit pagne protecteur peut être utilisé. Le patient peut quitter son lieu d'hospitalisation quelques heures après le geste, après avoir uriné et après un contrôle du pansement par le chirurgien opérateur lui-même.

IV. Complications opératoires

- phimosis résiduel lié à une recoupe cutanée trop restreinte;

- bourrelet cutané disgracieux à la base du frein par défaut de recoupe muqueuse.

Elles ne devraient jamais se rencontrer :

- sténose du méat imposant des dilatations ou mieux une méatoplastie;

- fistule urétrale nécessitant une urétroplastie délicate ;

- nécrose du gland avec son retentissement sexuel futur.

En fait, ces complications sont très faciles à éviter lorsque la posthectomie est réalisée par un praticien expérimenté.

V. Indications de la circoncision

Elle s'envisage dans les trois cas : en cas de demande rituelle, en cas de phimosis vrai et en cas de paraphimosis.

1. Demande rituelle

S'asurrer des motivations réelles de la famille, privilégier si possible un âge prépubertaire avancé et vérifier l'absence de pathologie sous-jacente chez l'enfant.

2. Phimosis

Le diagnostic est facile mais souvent porté à tort, il faut en effet différencier :

- le phimosis vrai des adhérences préputiales simples facilement libérables en douceur, parfois sous anesthésie générale,

- chez le nourrisson, à la naissance, le prépuce reste souvent adhérent et la peau prépuciale est longue avec un orifice distal parfois étroit : c'est un pseudo-phimosis, quasi physiologique avant l'âge de un an, qui ne doit pas être traité ou opéré, sauf complication.

3. Paraphimosis

Il réalise un véritable étranglement du gland par l'anneau préputial sténosé en arrière du sillon balano-préputial. Majoré par un rapide oedème, il entraîne outre des douleurs, un risque de nécrose non pas du gland mais du fourreau. Il impose un traitement d'urgence :

Un phimosis vrai doit être opéré dans tous les cas. Si le degré de sténose préputial le permet, on choisira, si possible, d'opérer au-delà de l'âge de trois-quatre ans.

On réalisera préférentiellement une posthectomie. Si les parents, par conviction personnelle ou religieuse, s'opposent à cette circoncision, on peut réaliser une plastie d'élargissement du prépuce par section transversale et suture longitudinale (figure 6).

Un paraphimosis doit toujours être traité en urgence : réduction manuelle ou débridement cutané précèdent la posthectomie ultérieure.

VI. Conclusion

Le traitement chirurgical des anomalies du prépuce reste un geste simple, mais cette simplicité ne doit pas faire ignorer les risques chirurgicaux réels qu'il présente. Une bonne technique conduit toujours à un résultat satisfaisant.

Par ailleurs, une circoncision rituelle effectuée au bloc opératoire par un praticien expérimenté évite des accidents graves, malheureusement encore trop souvent observés.

Développement et Santé, n°159, juin 2002