Envenimations par serpents
 
 par Marie-Claude Bottineau

Pédiatre, SMUR, hôpital Robert-Debré, Paris.

On parle d'envenimation devant l'ensemble des symptômes survenant après l'inoculation à l'homme de venins animaux. Le venin est constitué d'un mélange complexe d'enzymes protéolytiques, de peptides et de protéines de faible poids moléculaire.

Les manifestations dues à l'ingestion d'animaux vénéneux, riches de substances toxiques, n'entrent pas dans ce cadre.

L'envenimation est un accident rare, plus fréquent toutefois dans les pays chauds (Afrique Noire), mais dont l'issue parfois fatale continue à entretenir une telle frayeur qu'elle entraîne souvent une conduite pratique inadaptée.

Quatre cents espèces (protéroglyphes et solénoglyphes) seraient susceptibles d'être dangereuses pour l'homme. En cas d'envenimation la mortalité est assez lourde mais loin d'être inéluctable. Cinq cent mille envenimations seraient répertoriées chaque année, entraînant 40 000 décès, soit 8 % des patients touchés.

I. Classification des serpents Voir tableau n°1 : Classification générale et tableau n°2 : Cinq genres responsables d'accidents graves.
 
Il. Physiopathologie

Les conséquences de l'envenimation dépendent des qualités du venin différentes selon les genres et les espèces.

Les recherches entreprises ont permis d'affirmer que :

L'effet toxique d'un venin de serpent est variable en fonction de certains facteurs : Deux grands syndromes sont individualisables le syndrome vipérin (vipéridés et crotalidés) et le syndrome cobraïque (élapidés). Le venin va provoquer

- un oedème local par libération d'histamine,

- une hypotension artérielle par activation des bradykinines,

- un syndrome hémorragique par coagulopathie de consommation.

Le venin très neurotoxique va provoquer :

- des paralysies en particulier respiratoires par curarisation,

- une cordiotoxicité avec collapsus cardio-vasculaire.

III. Symptomatologie clinique

1. Effets locaux

La douleur de morsure est intense, immédiate, de type " brûlure ". Lors de l'examen de l'endroit douloureux, on recherche des traces de morsures punctiformes distantes de quelques millimètres, entourées d'une auréole purpurique. Rapidement vont apparaître : une ecchymose ou un hématome, un oedème extensif parfois à tout le membre. Ensuite s'installera une nécrose locale ou étendue.

2. Effets généraux

- nausées, vomissements,

- douleurs abdominales,

- diarrhée profuse.

(liée à l'hypovolémie)

- fonctionnelle (réversible), puis organique (irréversible).

L'atteinte des muscles du carrefour glosso-pharyngo-laryngé et des muscles respiratoires se manifestera par : - une gêne ou une paralysie respiratoire,

- une dyspnée laryngée haute ou basse.

IV. Traitement en Afrique

Dans tous les cas

- bande non compressive,

- attelle.

Grade 0

Absence d'envenimation : retour au domicile après vingt-quatre heures de surveillance.

Pour tous les autres grades : hospitalisation - Pénicilline-Flagyl® IV ou Ampicilline-Flagyl® IV comme prévention de la gangrène ou d'une surinfection constante (attention au pyocyanique car c'est là un terrain de prédilection).

Pénicilline : 100 000 UI/kg/jour en 4 fois

Métronidazole : 40 mg/kg/jour en 4 perfusions

Ampicilline : 200 mg/kg/jour en 4 fois

Corticothérapie systématique à visée anti-inflammatoire et prévention des effets secondaires de la sérothérapie : Dexaméthasone® IV 0,6 mg/kg/jour en 4 fois.

Calciparine sous-cutanée : 0,1 ml/10 kg de poids en 1 fois.

Héparine standard : 300 à 500 Ul/kg/jour en perfusion IV.

(Isocoagulation au TCA: dose normale (400 à 600 Ul/kg/jour)

ou

Calciparine sous-cutanée : 150 Ul/kg/jour en 2 à 3 fois, tant qu'il existe d'importants signes locaux.

D'un avis général actuellement, il s'impose le plus tôt possible.

Prévoir l'éventualité rare de choc anaphylactique :

Administrer :

- chaque fois que possible du sérum monovalent correspondant à l'espèce du serpent;

- dans les autres cas, du sérum polyvalent.

Posologie, selon le grade :

Grade 1 : 1 à 2 ampoules (10 à 20 ml) quel que soit le poids, en sous-cutané :

1/2 dose autour de la morsure et 1/2 dose à la racine du membre atteint,

dose pouvant être répétée 1 fois dans les formes vues tardivement (parfois au-delà de la 24è heure).

Grade 2 : 2 ampoules (20 ml) dans 100 ml de sérum physiologique, en IV, d'abord très lentement, puis en 30 minutes ;

une deuxième voie veineuse doit être prête en parallèle pour : adrénaline, macromolécules...

Grade 3 : Identique au grade 2 mais la dose de sérum antivenimeux administrée peut être augmentée et passée à 3, voire 5 ampoules (30-50 ml) dans 150 à 250 ml de sérum physiologique (5 fois le volume du sérum antivenimeux) en IV ; d'abord très lentement, puis en continu.

Une deuxième voie veineuse est indispensable pour la prévention d'un choc anaphylactique, la correction d'un choc hypovolémique ou celle d'une acidose métabolique, etc.

- réanimation adaptée des désordres vitaux,

- perfusion systématique sur une base de 50 à 100 ml/kg/jour adaptable aux besoins de sérum glucosé à 5 % + ions,

- ventilation assistée parfois nécessaire (syndrome cobraïque, myotoxique).

Parage précoce:
V. Surveillance

Celle-ci est avant tout clinique.

Surveillance locale

- de la vitesse de propagation de l'oedème en vérifiant que ne se produise pas une compression vasculaire : prise des pouls distaux et coloration des pieds;

- des nécroses et des risques de surinfections.

Surveillance générale

Bilan sanguin - numération formule sanguine,

- coagulation,

- ionogramme.

Conclusion

Il ressort de cet exposé l'importance de l'éducation. La plupart des espèces venimeuses n'attaquent l'homme que pour se défendre et se protéger. Il est indispensable de respecter des normes élémentaires de sécurité en zone tropicale telles que porter des chaussures par exemple. Il faut être encore plus vigilant la nuit, ou en terrain inconnu.

Développement et Santé, n° 135, juin 1998