* Immunologiste, docteur en sciences, Institut de médecine tropicale, Anvers.
** Immunologiste, docteur en médecine interne, Institut de médecine tropicale, Anvers.
L'impact du virus de l'immunodéficience humaine (VIH) sur le système immunitaire est considérable car le virus choisit comme cellules cibles une sous-population de lymphocytes qui joue un rôle central dans l'orchestration de la réponse immunitaire.
Dans la présentation des aspects virologiques et immunologiques du VIH, nous expliquerons la structure du virus, son cycle, sa variabilité et son affinité pour ce lymphocyte. Malgré la complexité de la présentation, il nous semble utile d'apporter ici des éléments de compréhension pouvant servir tant pour la clinique que pour la prévention.
I. La structure du VIH
Le VIH est un rétrovirus enveloppé, de 80 à 120 nm de diamètre, se présentant sous une forme sphérique (figure 1). L'enveloppe est faite d'une couche lipidique de laquelle sortent des boutons qui permettent la liaison au récepteur CD4 présent dans le lymphocyte auxiliaire ou " helper ". Chaque bouton est composé d'une partie extramembranaire (gp120) et d'une partie transmembranaire (gp41). La protéine majeure est la p24 qui emballe l'ARN du virus et la transcriptase réverse (TR). Dans la figure 1, la structure est simplifiée mais présente les composants les plus importants.

La connaissance des séquences de la réplication virale (figure 2) est indispensable pour comprendre la physiopathologie et les méthodes de diagnostic des infections à VIH. Les boutons à la surface du virus interagissent avec une très forte affinité avec les glycoprotéines CD4 (T4) qui se trouvent à la surface des lymphocytes auxiliaires ou (" helper ") T4, des monocytes et des macrophages (figure 2, étape 1). Cette interaction résulte en une fusion de l'enveloppe du virus avec la membrane du lymphocyte et l'éjection du centre du virus (le core) dans le cytoplasme de la cellule hôte (figure 2, étape 2). L'ARN du virus est alors copié en ADN intermédiaire grâce à la transcriptase réverse (figure 2, étape 3). Puis cet ADN migre vers le noyau et s'intègre sous forme de " provirus ", dans le génome cellulaire (figure 2, étape 4). Une fois intégré, il peut rester latent sans donner signe de sa présence pendant des mois ou des années. Quel que soit le facteur qui provoque l'activation virale à un moment donné, il peut s'agir d'une infection par différents virus ou bactéries ou d'une réinfection par le virus VIH lui-même, l'ADN proviral est transcrit en ARN et donne naissance aux ARN messagers à partir desquels les différentes protéines virales sont synthétisées (figure 2, étape 5). Les protéines de l'enveloppe virale migrent vers la membrane cytoplasmique (figure 2, étape 6). Après bourgeonnement, les particules complètes sont libérées et vont alors infecter d'autres cellules cibles accélérant ainsi la dissémination (figure 2, étape 7).

Il existe plusieurs types de VIH dont VIH-1 et VIH-2 sont les plus connus. Certains virus apparentés au VIH ont été retrouvés. Chez les singes verts d'Afrique, on a mis en évidence le virus d'immunodéficience simienne (VIS, appelé SIV en anglais), qui n'induit pas de signes d'immunodéficience chez son hôte naturel, mais dévaste les élevages des macaques asiatiques en captivité. Plus récemment, un virus appelé SIVcpz, apparenté au VIH-1 a été isolé chez quelques chimpanzés asymptomatiques. Pour le développement d'un vaccin efficace, une connaissance approfondie des conséquences immunologiques de la variabilité génétique du VIH est impérative. Aujourd'hui les VIH-1, VIH-2 et VIS sont sous-divisés en groupes. Le VIH-1 par exemple, comprend deux groupes dont le groupe majeur " M " compte lui-même huit sous-groupes (A-H). Le groupe A est surtout rencontré en Afrique Centrale, le groupe B en Amérique du Nord, le groupe C en Afrique du Sud, le groupe D en Afrique Centrale, le groupe E en Thaïlande, le groupe F au Brésil, les groupes G et H au Zaïre et au Gabon. Ceci indique que la divergence géographique du virus se reflète aussi dans sa divergence génétique. Un deuxième groupe, le groupe "O " (O pour outgroup) comprend certaines souches provenant du Cameroun qui sont très différentes des virus du groupe " M ". La découverte de ce groupe a été importante du fait que certains tests de dépistage sérologiques de la dernière génération ne révélaient pas les anticorps HIV correspondants, ce qui risquait de compromettre les dépistages entre autres dans les centres de transfusion. Des mesures ont été prises pour que les réactifs actuels détectent maintenant les anticorps HIV du groupe " O ".
IV. Conséquences immunitaires de l'infection au VIH
1. Rappel : le fonctionnement normal du système immunitaire
Lorsque l'organisme est soumis à une agression infectieuse banale, les mécanismes de l'immunité non spécifique sont d'abord activés. Lors d'une infection virale par exemple, les cellules infectées vont produire des interférons antiviraux, qui sont des protéines induisant une résistance au virus dans les cellules. En plus, une sous-population de lymphocytes, les tueurs naturels (cellules naturel killer ou NK), éliminent directement une partie des cellules infectées.
Dans la défense primaire contre des infections bactériennes et parasitaires, les monocytes et macrophages (phagocytes mononucléaires), ainsi que les neutrophiles et éosinophiles (phagocytes polynucléaires) sont surtout importants. Tous ces mécanismes immunitaires de la première ligne de défense ont néanmoins une capacité limitée et manquent de spécificité, ce qui explique pourquoi des infections peuvent se développer chez l'homme.
Dans un deuxième temps, les agents infectieux sont confrontés au système immunitaire spécifique (figure 3). Les germes sont d'abord incorporés par les cellules présentatrices d'antigène (CPA), certains monocytes et les macrophages. Par un processus de dégradation des protéines en peptides, les germes sont transformés en fragments antigéniques pour présentation aux lymphocytes T.
Les antigènes (Ag) bactériens et parasitaires sont présentés à la sous-population des lymphocytes T, qui possèdent le récepteur CD4, nommés cellules T4, T auxiliaires ou T helper. Les T4 produisent des cytokines, des protéines qui activent d'autres cellules du système immunitaire. Selon la nature des cytokines sécrétées, deux fonctions principales des cellules T helper peuvent être distinguées :
2. Les cibles cellulaires du VIH
Comme il a déjà été expliqué, le VIH infecte les cellules humaines par l'intermédiaire de la molécule CD4. Celle-ci est exprimée en forte quantité à haute densité par les lymphocytes T4 et à densité plus limitée par une grande partie des phagocytes mononucléaires et des CPA (cellules présentant l'antigène).
Une cellule T4 infectée ne commence à produire du VIH que si elle est activée : le bourgeonnement des virus peut directement tuer la cellule T4 infectée. Heureusement le système immunitaire dispose d'une grande capacité à renouveler les T4, mais elle n'est pas inépuisable. Les monocytes et CPA infectés sont plus résistants à l'action lytique du VIH : ils peuvent produire des virus pendant une longue période et constituent donc de vrais réservoirs viraux.
3. La phase aiguë de l'infection VIH
Pendant la première phase de l'infection, quand les mécanismes de défense antivirale spécifiques ne sont pas encore suffisamment actifs, le VIH se multiplie rapidement et, dans certains cas, il est même retrouvé sous une forme libre dans la circulation (phase de virémie). La dissémination virale touche aussi bien les organes lymphoïdes (ganglions, rate, moelle osseuse, thymus) que les organes non lymphoïdes (par exemple les intestins). À cause de cette explosion virale peu contrôlée, une chute précoce du nombre de cellules T4 est observée, qui commence même avant la séroconversion (le moment d'apparition des anticorps anti-VIH dans la circulation) (voir plus bas).
Du point de vue clinique, cette phase aiguë est souvent non symptomatique, ou bien elle se manifeste comme un état grippal. Le diagnostic d'infection au VIH est rarement établi à ce moment-là à cause de la banalité des symptômes.
4. La défense anti-VIH
Comme l'action de l'interféron alpha et béta et des cellules NK ne suffit pas à arrêter l'infection VIH, le système immunitaire spécifique (les anticorps et les cellules T8) essaie de maîtriser le virus.

5.Mécanismes de décompensation
L'interaction entre monocytes/CPA et lymphocytes T4 (tous deux cibles du VIH) devient de plus en plus déficiente.
Sous la pression des anticorps neutralisants et VIH est obligé de raffinées de survie. est probablement la continuellement ses gènes.

L'infection par le VIH est caractérisée par une activation chronique du système immunitaire et une variabilité du virus qui évite ainsi sa neutralisation par la réponse immunitaire. La persistance de l'activation du système immunitaire contribue sans doute à l'aggravation progressive de l'immunodéficience au cours de l'infection par le VIH.
Développement et Santé, n°121, février 1996